Mis à jour le Samedi 4 Janvier 2014 à

Région

L'État tente de confisquer le trésor archéologique des Ardennes

Guillaume Lévy

WARCQ (51). La tombe à char pleine de promesses mise au jour à Warcq sur le chantier de l’A 304 attise les convoitises. Au point qu’elle pourrait passer sous le nez de ceux qui l’ont découverte.

Mi-septembre, les archéologues fouillaient une chambre funéraire quand ils ont découvert un char dont ils pourraient être privés.

Karen Kubena

Mi-septembre, les archéologues fouillaient une chambre funéraire quand ils ont découvert un char dont ils pourraient être privés.

La nouvelle avait été tenue secrète quelques jours au début de l’automne. Il se murmurait seulement que les chercheurs de la Cellule archéologique du conseil général, ainsi que les archéologues bénévoles qui les aident, étaient tombés sur « du lourd ». Le 8 octobre, nous révélions la nature de la trouvaille : une tombe à char en partie recouverte d’or, enterrée dans un champ depuis près de deux mille ans. Le site étant désormais surveillé jour et nuit par une société spécialisée, qui restera sur place jusqu’aux fouilles prévues en avril, nous pouvons préciser que la découverte a eu lieu à Warcq.

Dès l’été des archéologues expérimentés avaient « senti » que le secteur pouvait réserver de belles surprises. Ce fut le cas mi-septembre, lorsque, les mains dans l’eau et les pieds dans la boue, fouillant une chambre funéraire d’environ 5,50 mètres sur 3,20, leurs doigts tombèrent sur des fragments métalliques circulaires et des éléments en bois très bien préservés. Enterrés sous 2,50 mètres d’argile, il s’agissait de morceaux de roues et de traces d’or. L’évidence s’est imposée d’elle-même : un aristocrate gaulois était (ou avait été) enterré ici, sur son char, au milieu d’objets précieux, selon la coutume funéraire chère à nos ancêtres. Une tradition assez bien connue en Champagne (y compris dans le Rethélois), mais jusqu’ici jamais vue dans le nord des Ardennes.

« Une collaboration s’imposait »

Trois mois plus tard, la joie a cependant cédé la place à l’incertitude, voire la frustration. Alors que la tombe a été rebouchée et que la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, maître d’ouvrage de l’A 304) a passé un marché public spécial pour la fouiller durant quatre semaines, l’État a tenté de pousser vers la sortie les « petits » archéologues ardennais. Sur le mode, laissez faire les pros maintenant… Selon nos informations, l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives), dont les délais d’intervention très longs avaient, pour l’anecdote, justement conduit en 2009 à la création de la Cellule archéologique départementale, a tout fait pour s’accaparer le tombeau.

« Les discussions ont été violentes », reconnaît-on au conseil général. « Alors que ça devrait être la fête de tous les archéologues, réunis autour d’une découverte exceptionnelle, on veut nous écarter. C’est inhumain ! », renchérit un archéologue amateur. Dans cette bataille du pot de fer (l’INRAP et ses 2000 collaborateurs, dont une grande majorité d’archéologues), contre le pot de céramique (la brochette d’archéologues ardennais, fonctionnaires ou bénévoles), le second a cependant réussi à se faire entendre. En partie.

Pour fouiller le site protohistorique gallo-romain, l’INRAP et la Cellule du conseil général ont ainsi répondu ensemble au marché de la DREAL. Nouveau chef du service culture du conseil général (et ancien responsable de la Cellule archéologique), Olivier Brun le confirme : « Une collaboration scientifique s’imposait entre l’INRAP et nous. Si nous sommes retenus, cela permettra d’avoir d’un côté les moyens techniques de l’INRAP, de l’autre notre connaissance du terrain. » **

La notification du marché doit être connue dans les prochains jours. Restent (au moins) deux points à éclaircir. Primo si les deux services se sont à peu près entendu, que vont devenir les archéologues bénévoles (lire ci-contre) ? Secundo, quel avenir réserver aux vestiges qui seront découverts dans la tombe du seigneur gaulois ? Là encore, le combat entre Paris et les Ardennes a commencé. Les uns ne parlent que du Musée d’archéologique nationale de Saint-Germain-en-Laye, quand les autres n’ont que le musée de l’Ardenne à la bouche…

Ni l’INRAP ni la Direction régionale des affaires culturelles

n’étaient joignablesvendredi.

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