Mis à jour le Mercredi 23 Avril 2014 à

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Les salariés découvrent leur licenciement en vidant leur magasin

Nancy Gouin

CHALONS-EN-CHAMPAGNE (51). Cavalière, la méthode employée ce mardi pour fermer le magasin Leader Centre Auto. « Invités » à vider les stocks, les trois employés ont découvert la perte de leur emploi.

« J e ne fais qu’exécuter un ordre. Je dois repartir avec les pneus. » Mal à l’aise, un chauffeur de la société Recam Sonofadex, venu avec un 38 tonnes du Loir-et-Cher, requiert l’aide de « ses collègues » du Leader Centre Auto (LCA) pour vider le stock… Un choc pour le vendeur, le mécanicien et le responsable du centre, ouvert voici huit ans et demi, ZAC du Mont Héry à Châlons-en-Champagne.

Il est 15 heures. Des clients se présentent : « Désolé, Monsieur, le magasin est fermé. »« Ah, vous ouvrez à quelle heure demain ? Je voulais de l’huile. »« Le magasin est fermé définitivement »« Oooh, c’est dommage. » Si celui-ci rebrousse chemin, un autre ne décolère pas. « Aucun procès verbal n’émane du comité d’entreprise sur des fermetures de sites et quels sites ! Quel est le plan de continuité ? Comment un administrateur judiciaire peut laisser opérer de telles pratiques ? » interroge Ludovic Tetevuide, qui n’est autre que le responsable de… l’Union départementale CGT de la Marne. « C’est scandaleux ! C’est du brigandage. »

Le syndicaliste prend les choses en main, alerte l’union (il est déjà 17 heures) et tente d’en savoir davantage. Son alter ego dans le Loir-et-Cher est assailli de coups de téléphone. « D’autres magasins sont vidés en ce moment ! »

Trop tard pour joindre l’administrateur judiciaire, M e  Franck Michel. Le répondeur prévient que l’étude de Tours est ouverte jusqu’à 15 h 30… Idem au tribunal de commerce de Blois où la mise en redressement judiciaire a été prononcée le 14 mars dernier.

Au siège de la SAS Recam Sonofadex, à Nouan-le-Fuzelier, quelqu’un décroche mais ne livre aucun renseignement, si ce n’est : « Rappelez demain. »

Seule solution : se rabattre sur les informations officielles délivrées sur la toile. Le président Jean-Yves Brillet, 73 ans, est le dirigeant de la SAS Recam Sonofadex. En activité depuis trente-quatre ans, celle-ci accusait un résultat net déficitaire de près de 3,7 millions d’euros fin 2012.

Selon la note faxée hier à 17 h 24 au personnel par le PDG, le projet de 134 licenciements collectifs a été acté par la Direccte du Loir-et-Cher centre, soit près de la moitié de l’effectif ! Jean-Yves Brillet aurait reçu l’homologation le matin même, d’après le tampon apposé sur le courrier.

À la lecture du document, Ludovic Tetevuide bondit : « Il n’y a rien dans ce plan de sauvegarde de l’emploi. C’est le minimum du minimum. Il s’appuie sur l’accord national interprofessionnel, cette merde que le gouvernement a validé ! Dans ce PSE, on assujetti les gens à du matériel. Le seul critère, c’est le magasin. Sur l’humain, il n’y a rien. »

Pendant ce temps, le personnel continue à charger le camion avec les pneus : « On n’a pas le choix. On est encore payé. S’il nous licencie pour faute lourde, on aura tout perdu… » Les trois salariés vident le reste dans les bacs qui seront retirés demain. Et après ? Soupirs d’impuissance de Ludovic Tetevuide : « On peut juste mettre un cataplasme sur une jambe de bois, les informer sur leurs droits et contester les licenciements… »

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