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La montre et la descendance du poilu retrouvées 98 ans après

Rédaction en ligne

SOUILLY (51). En bêchant son jardin, Micheline Aubry, une Châlonnaise, est tombée sur un étui dans lequel se trouvait le bijou. Les descendants du propriétaire, identifiés, vont bientôt le récupérer.

Micheline Aubry, accompagnée de Noël Boltz, Daniel Fricault et Mireille Leuay, à la nécropole de Souain (Marne), en possession de la montre  de Paul Alfred Vallart.  Christian LANTENOIS

Christian LANTENOIS

Micheline Aubry, accompagnée de Noël Boltz, Daniel Fricault et Mireille Leuay, à la nécropole de Souain (Marne), en possession de la montre de Paul Alfred Vallart. Christian LANTENOIS

La belle histoire se fond dans l’Histoire, celle qui, il y a près d’un siècle, a marqué la région de son empreinte indélébile. Cet été, Micheline Aubry, 75 ans, s’affaire dans son jardin de Souilly, dans la Meuse. Bien décidée à arracher les pommes de terre, elle s’y attelle vivement, retournant la terre. Une terre où de 1914 à 1918, les combats étaient rudes. Vergers et jardins d’autrefois, devenus champs de ruine, ont laissé la place aujourd’hui à quelques pavillons. Et parfois l’histoire remonte à la surface. « On a déjà trouvé des douilles, des boutons, un fusil », énumère la septuagénaire.

Sergent Vallart,

né dans les Ardennes

Mais ce jour d’été, ce qu’elle aperçoit est tout autre. Un étui en cuir rouge, dans lequel se trouve une montre à gousset. Micheline, qui ramène son petit trésor chez elle n’en revient pas. L’objet, en relativement bon état, est serti de six rubis. Et si le cadran et les aiguilles n’ont pas résisté à l’ouvrage du temps, la montre possède deux couvercles sur la face arrière, s’ouvrant l’un sur l’autre, en bon état, et portant plusieurs marquages gravés à l’intérieur. « Tout le monde était ébahi », se souvient celle qui, très vite, n’a qu’une idée en tête : retrouver les descendants du propriétaire de cette montre, afin de pouvoir la leur remettre.

Commence alors un véritable travail de fourmis. Micheline Aubry parle de sa découverte à Noël Boltz, le président des Anciens combattants du village. Avec son compère Daniel Fricault, membre du Souvenir français à Châlons-en-Champagne, ils étudient de près les inscriptions gravées au dos de la montre. Celles-ci sont précises et très instructives. Ils y découvrent un nom : Vallart Paul. Une date : 1914-1915. Un grade : sergent, et le nom d’une compagnie : 65 B. Sur l’autre face, d’autres inscriptions : M me  Vallart, 4 rue du Liégeat, Ivry-sur-Seine. Les pièces du puzzle se dessinent peu à peu.

Grâce au site internet « Mémoire des hommes », Noël Boltz et Daniel Fricault découvrent que le sergent Vallart est mort pour la France le 6 octobre 1915 au point 1 257 près de Souain, dans la Marne, et que son corps repose à la nécropole nationale. Ils apprennent également qu’il est né le 30 avril 1887 à La Neuville-en-Tourne-à-Fuy, dans les Ardennes.

Une cérémonie

bientôt à Châlons

Les deux compères se rendent dans le petit village ardennais et rencontrent la première adjointe, Mireille Leguay, qui se passionne pour cette histoire et leur ouvre les registres de la commune. Elle leur permet de rencontrer quelques anciens, mais aucun ne sait ce que les Vallart sont devenus. Les recherches s’arrêtent là, et Noël Boltz et Daniel Fricault rentrent chez eux sans en savoir davantage, nous sommes au mois de septembre.

Mais, le 2 octobre, ils reçoivent un mail de Mireille Leguay, dont un proche, Gérard Ponsinet, a fait quelques recherches. Il ne lui a fallu que quelques heures pour retracer l’histoire du soldat et de sa descendance. Paul Alfred Vallart n’a que 28 ans lorsqu’il meurt au combat. Il est alors marié depuis 1913 avec Juliette Heuret, déjà mère d’un fils né en 1909, Joseph Marie Heuret. Paul Alfred Vallart l’a reconnu et légitimé. Le couple n’aura pas le temps d’avoir d’autres enfants. Joseph Marie Heuret se marie quant à lui en 1931 à Yerres, dans l’Essonne, et a une fille, Rolande Carmen Vallart, née en 1935… et toujours en vie. Tout s’accélère alors : la petite-fille du poilu, âgée de 78 ans, est localisée. C’est alors que l’aide de l’adjoint aux Anciens combattants de Yerres, Jean-Claude Leroux, est précieuse. Il parvient à entrer en contact avec Rolande et son époux, Lucien Vetter. « Ils ont été très surpris », confie-t-il. La montre devrait prochainement leur être remise par Micheline au cours d’une cérémonie officielle. L’objet sera présenté pour la première fois à Châlons-en-Champagne le 6 novembre, à l’occasion de l’inauguration d’une exposition sur le centenaire de la Grande Guerre. Elle sera le symbole du devoir de mémoire, qui revêt, aujourd’hui plus que jamais, tout son sens.

Géraldine Baehr

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